Bien utiliser l’intelligence artificielle suppose de prendre soin de ce qu’elle peut fragiliser : notre attention, notre jugement, nos relations et les ressources de la planète. Le CARE Management propose quatre territoires complémentaires pour garder la main : Self CARE, Work CARE, Team CARE et Planet CARE. Une même boussole pour tirer parti de l’IA sans lui abandonner ce qui fait notre valeur.
Pourquoi ne pas utiliser l’IA sans activer le CARE ?
L’intelligence artificielle générative nous promet de produire plus vite et de déléguer davantage. Nous en profitons chaque jour, et nous ne prônons aucun retour en arrière.
Pourtant, une conviction nous habite : il n’y a pas de bon usage de l’IA sans CARE.
Cette technologie ne se contente pas de nous faire gagner du temps. Selon nos usages, elle peut aussi mobiliser notre attention, réduire certaines occasions de réfléchir par nous-mêmes, modifier nos échanges et solliciter des ressources environnementales.
La question devient donc : que nous fait gagner l’IA, et que risquons-nous de lui abandonner en échange ?
Le CARE Management permet de poser cette question à quatre niveaux : soi, le travail, l’équipe et la planète.
Qu’est-ce que le CARE Management à l’ère de l’IA ?
Le CARE Management est notre approche du management par le soin. Il part d’une conviction : prendre soin des personnes et du travail est la condition d’une performance durable.
Développée par Cécile Dejoux, cette approche repose sur une posture de confiance et se déploie sur quatre territoires complémentaires :
Self CARE : prendre soin de soi.
Work CARE : prendre soin du travail.
Team CARE : prendre soin du collectif.
Planet CARE : prendre soin de la planète.
À l’ère de l’IA, ce cadre invite à développer notre maîtrise des outils tout en restant attentifs à leurs effets humains et environnementaux. Il peut guider un débutant comme un utilisateur expérimenté.
Self CARE : comment protéger son attention et sa pensée ?
Le Self CARE consiste à préserver son énergie, son attention, sa santé mentale et sa capacité à apprendre. C’est le premier territoire du CARE, car nos ressources personnelles conditionnent notre manière de travailler et de prendre soin des autres.
À ce niveau, l’IA présente un risque : accepter trop vite ses réponses et lui déléguer les efforts qui entretiennent notre propre raisonnement.
Les travaux de Lee et de ses collègues, publiés en 2025, éclairent cette vigilance. Leur enquête auprès de 319 professionnels associe une confiance plus élevée dans l’IA à un moindre engagement critique déclaré. Cette étude repose sur les perceptions des participants ; elle ne démontre pas une perte durable de leurs capacités. Lee et al., 2025.
Le Self CARE propose une discipline concrète : connaître ses limites, gérer ses priorités, protéger des plages de concentration et continuer à exercer ses capacités de réflexion.
Avant chaque usage, posons-nous cette question : cet outil libère-t-il mon attention ou la mobilise-t-il davantage ?
Rédiger soi-même certaines analyses, s’accorder des moments sans IA et décider consciemment de ce que l’on délègue permettent de rester acteur de sa pensée.
Work CARE : comment garder la maîtrise de la qualité ?
Le Work CARE consiste à prendre soin du travail lui-même : lui donner du sens, l’améliorer, en garantir la qualité et amplifier la valeur qu’il crée.
Il s’appuie sur quatre questions :
Pourquoi est-ce que je fais ce travail ? Identifier sa finalité, son bénéficiaire et son utilité.
Comment puis-je mieux le faire ? Améliorer, simplifier, expérimenter et ajuster.
Puis-je lui faire confiance ? Vérifier, contrôler, tracer et corriger.
Comment augmenter sa valeur ? Rendre le travail utile, visible, accessible et transmissible.
Avec l’IA, le risque est de confondre vitesse et valeur, volume et utilité. Une réponse fluide peut contenir des erreurs. Une proposition convaincante peut conforter nos hypothèses sans réellement les mettre à l’épreuve.
Le Work CARE invite donc à un contrôle proportionné aux conséquences d’une erreur : léger pour une tâche courante, renforcé pour une décision sensible.
Un travail délégué reste un travail dont nous devons comprendre et assumer le résultat. Produire davantage n’a d’intérêt que si cela améliore réellement ce que nous apportons.
Team CARE : comment préserver le lien et la transmission ?
Le Team CARE est le soin porté au collectif. Il consiste à réengager une équipe et à préserver la qualité des relations, parfois fragilisées par la distance et le rythme numérique.
Il s’appuie sur les 5R :
Les rôles : clarifier les contributions et les responsabilités.
Les routines : entretenir des rendez-vous de coopération.
La reconnaissance : rendre visibles les apports de chacun.
Le respect : accueillir les différences et permettre l’expression.
Les règles : construire un cadre commun.
Ces leviers favorisent un climat où chacun peut parler, se tromper et demander de l’aide.
En donnant une réponse individuelle immédiate, l’IA peut réduire certaines occasions d’échanger avec un collègue. En automatisant les tâches des débutants, elle peut aussi supprimer des situations dans lesquelles se construisaient l’expérience et la transmission des savoirs tacites.
Le Team CARE protège donc des espaces de coopération, de mentorat et de débat. Il reconnaît aussi le travail humain autour de l’IA : cadrer une demande, vérifier une réponse, contextualiser et décider.
Le temps gagné doit pouvoir nourrir le collectif, pas seulement accélérer la production individuelle.
Planet CARE : comment tenir compte de l’empreinte de l’IA ?
Le Planet CARE élargit le soin à notre environnement. Il consiste à prendre conscience de l’empreinte de nos activités et de nos outils numériques, puis à en tenir compte dans nos décisions.
Derrière une interface apparemment immatérielle se trouvent des infrastructures, des équipements et des consommations d’énergie et d’eau. La multiplication des traitements, notamment automatisés par des agents, peut accroître les ressources mobilisées.
L’enjeu est de renoncer à l’idée que l’on pourrait tout produire et tout traiter sans conséquence.
Le Planet CARE invite à une sobriété fondée sur l’utilité : comprendre et mesurer les consommations lorsque les données sont disponibles, choisir un outil adapté et réserver les traitements lourds aux besoins qui les justifient.
Cette vigilance relie nos usages quotidiens au monde que nous laisserons.
Comment activer les quatre territoires avant de déléguer ?
Ces quatre axes forment un ensemble. Avant de confier une tâche à l’IA, demandons-nous :
Pour moi : cet usage préserve-t-il mon attention et ma capacité à apprendre ?
Pour le travail : améliore-t-il sa qualité et son utilité ?
Pour l’équipe : renforce-t-il la coopération et la transmission ?
Pour la planète : les ressources mobilisées sont-elles proportionnées au besoin ?
Les réponses dépendent du contexte, de notre expertise et de notre maîtrise de l’outil. Cette réflexion reste accessible dès les premiers usages.
Ce qu’il faut retenir
Self CARE : préserver son énergie, son attention et sa pensée.
Work CARE : garder la maîtrise du sens, de la qualité et de la valeur du travail.
Team CARE : entretenir les liens, la reconnaissance et la transmission grâce aux 5R.
Planet CARE : intégrer l’empreinte environnementale dans ses choix.
Une règle commune : décider de ce que l’on délègue et de ce que l’on continue à exercer.
Le temps gagné avec l’IA prend son sens lorsque nous le réinvestissons dans la compréhension, la création, les relations, les décisions et la transmission.
Avant votre prochaine utilisation de l’IA, quel territoire du CARE mérite le plus votre attention ?
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Cela signifie accompagner chaque usage de l’intelligence artificielle d’une attention à ses effets sur soi, le travail, l’équipe et la planète. Le CARE Management aide à préserver l’attention, à vérifier la qualité des résultats, à entretenir les relations et à prendre en compte les ressources mobilisées. L’objectif est de profiter de l’IA tout en gardant la maîtrise de ses usages.
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Le Self CARE protège les ressources personnelles, notamment l’énergie, l’attention et la capacité à apprendre. Le Work CARE concerne le sens, la qualité et la valeur du travail. Le Team CARE porte sur la coopération, la reconnaissance et la transmission, avec les 5R : rôles, routines, reconnaissance, respect et règles. Le Planet CARE intègre les conséquences environnementales de nos activités et de nos outils.
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Commencez par une tâche dont vous comprenez l’objectif et que vous pouvez vérifier. Demandez-vous ce que l’outil vous apporte, ce que vous devez continuer à faire vous-même et qui pourrait être affecté par le résultat. Contrôlez la réponse, préservez les échanges utiles avec vos collègues et choisissez un usage proportionné au besoin. Le CARE s’applique dès les premières expérimentations.
Sources
Lee, H.-P. et al., 2025. The Impact of Generative AI on Critical Thinking: Self-Reported Reductions in Cognitive Effort and Confidence Effects From a Survey of Knowledge Workers. Proceedings of the CHI Conference on Human Factors in Computing Systems, Association for Computing Machinery.

