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Les MOOCs, des cours très particuliers

Le savoir est de beaucoup la portion la plus considérable du bonheur. Sophocle

Avec plus de 110 000 élèves à son actif l’énergique Cécile Dejoux, professeur des universités en management au CNAM, révolutionne les cours en ligne, et accessibles à tous, avec son MOOC (Massive Open Online Course) du “Manager Agile au Leader Designer”. Bien décidée à revaloriser la valeur ajoutée des enseignants chercheurs et à porter les couleurs de l’école de demain, elle nous livre la recette de son succès.

On peut apprendre avec plaisir : c’est ça, l’esprit MOOC.

Enfant de la République, je suis foncièrement attachée au système public et à l’enseignement. Pour moi apprendre c’est comme respirer, c’est la seule solution pour s’en sortir. Si on n’apprend pas on est mort. Elevée entre des parents respectivement institutrice et responsable RH, je me dis que j’ai fait une synthèse de ce qu’ils m’ont transmis !

L’aventure du cours en ligne « Du Manager au Leader » est née il y a 4 ans lorsqu’on m’a demandé au sein du CNAM si je voulais vivre une nouvelle expérience. Alors je me suis fait plaisir, j’ai pris une feuille blanche et à partir de rien j’ai créé le cours de mes rêves, celui que j’aurais aimé recevoir ! Bien que professeur en ressources humaines, j’ai créé mon premier cours en management.

La particularité du MOOC (Massive Open Online Course) est qu’il est évolutif, et ça c’est une première. Il s’enrichit chaque année d’un nouveau module sur le thème qui fait le buzz en management, dans les entreprises et la communauté. Cette année il s’intitule « Du Manager Agile au Leader Designer » et j’y explique comment le "design thinking" permet de se transformer en tant que manager. Plutôt que d’enseigner un contenu statique à mes élèves, j’ai voulu leur créer un chemin et leur montrer la voie à suivre pour passer du statut de manager à celui de leader et comment y accéder à travers de nouvelles compétences. Mon cours s’inscrit donc dans une véritable dynamique non seulement dans la forme mais aussi sur le fond. C’est un syllabus qui n’existe nulle part ailleurs. En quelque sorte je participe à un enseignement pilote.

Je « hacke » l’enseignement supérieur de l’intérieur pour pouvoir le transformer et qu’il existe encore dans 10 ans.

Comme enseignant chercheur, mon métier c’est de créer de la connaissance – mais c’est aussi de la diffuser. Dans ce sens je veux repenser l’enseignement de demain au travers du numérique et des nouveaux outils. Quelque part je ‘hacke’ l’enseignement supérieur de l’intérieur pour pouvoir le transformer et qu’il existe encore dans 10 ans … et que ce ne soit pas les start-up ou bien Google qui nous disent quoi apprendre !

 Je suis extrêmement soutenue et encouragée dans ma démarche au sein du CNAM, puisque en tant qu’université de tous les savoirs et leader en FOAD (formation ouverte à distance) le numérique est placé au cœur de l’axe stratégique du CNAM2020, porté par Olivier Faron notre administrateur, qui repense l’enseignement de demain. Il faut savoir que le CNAM, fondé il y a 220 ans par un moine révolutionnaire, l’Abbé Grégoire, a toujours été moteur de l’innovation.

Le CNAM a le plus grand nombre de cours en ligne, de certifications et d'inscrits

La création d’un nouveau MOOC prend environ 3 mois. On a toute une équipe qui soutient la production de ces cours en ligne et sa vente aux entreprises. Sans moyens physiques ni financiers, notre moteur ce sont les enseignants chercheurs qui officient au CNAM – ils ont tous un ADN d’entrepreneur et de créateur de savoir. Nous sommes aussi portés par notre public – des gens en reconversion qui se forment tout au long de leur vie professionnelle. Nous travaillons ainsi dans une dynamique très positive.

Nous avons créé un écosystème innovant autour des MOOC. Je crois qu’à ce jour personne ne nous égale dans ce domaine. Nous avons le plus grand nombre de cours en ligne, le plus de certifications et le grand nombre d’inscrits. Par exemple à ce jour plus de 110 000 étudiants ont pu accéder au cours que je délivre. La formation est disponible en français, en anglais et accessible aux handicapés. On peut se former de n’importe quel outil - téléphone, tablette, ordinateur – où on veut, quand on veut. C’est une formation en self-service !

On apprend des enseignants-chercheurs

Je voudrais insister sur la valeur ajoutée que les enseignants chercheurs apportent dans l’apprentissage de la connaissance. Je vois beaucoup de MOOC créés par des start-up ou des entreprises sous forme d’animations infantilisantes qui se passent des enseignants. J’apparente plutôt ça à de la communication d’information plutôt qu’à un véritable transfert de savoir créé par l’enseignant-chercheur dont c’est la mission. Personnellement, j’apprends même quand j’écoute un cours au Collège de France et que je m'initie à de nouvelles choses dont je ne comprends que 40% !”.

Je nourris l’espoir de voir se créer ainsi de nouvelles formes d’écoles.

Je pense qu’il y a trois types de mesures à mettre en place pour repenser l’enseignement de demain. Tout d’abord il faut revoir le financement des projets éducatifs. Au lieu de lancer des appels d’offres et distribuer des budgets à des entités qui ensuite ne savent souvent pas comment les gérer, il faudrait faire l’inverse. Partir de ceux qui font - et qui ont fait leur preuve – à qui on pourrait octroyer des enveloppes budgétaires pour qu’ils aillent plus loin. Cela leur permettrait de développer leurs travaux et servir de modèles à d’autres. En outre,  il me paraît important de repenser le statut des enseignants chercheurs pour qu’ils soient accompagnés dans leur réalisation pédagogique. Aujourd’hui nous sommes évalués sur notre recherche à 100% mais pas sur la diffusion de notre enseignement. Nous ne sommes pas récompensés pour la pédagogie ni dans notre carrière ni dans notre rémunération.
Enfin, il me semble essentiel que les politiques dans le domaine de l’éducation soient du métier – qu’ils connaissent les problèmes et les opportunités pour prendre des mesures en connaissance de cause.

La France des Solutions témoigne – comme je l’instruis à mes étudiants – de la mentalité et de la posture intellectuelle qu’il faut changer en priorité pour accéder à la transformation positive. Je pense que l’école de demain formera à des compétences comportementales nécessaires aux métiers de demain, où les élèves iront picorer des grains de connaissance en se faisant coacher par des professeurs-chercheurs, et ainsi acquerront des compétences transférables. Il est aussi essentiel de repenser le "présentiel" car seul le face-à-face permet de se créer un réseau et de vivre une expérience que la distance ne permet pas – et les deux sont totalement complémentaires. Là est l’enjeu de l’école de demain, au-delà du numérique, presque déjà dépassé.

Il faut repenser la manière dont on transfère les connaissances créées par les enseignants-chercheurs au plus grand nombre. Qu’ils puissent continuer de créer est très important car c’est le moteur de notre liberté.